"Le dreamtime" aussi appelé le Rêve, est le thème central de la culture des aborigènes d'Australie. Le Temps du Rêve explique les origines de leur monde, de l’Australie et de ses habitants.
À l 'origine du monde, le Premier Être, lui donna sa forme en la rêvant. Le Rêve, Tjukurpa en langue anangu, c'est l’ère qui précède le temps, avant que la Terre ne soit créée, quand tout n'était que spirituel et immatériel. Mais le Temps du Rêve n'appartient pas au passé, ce monde magique existe toujours et peut être atteint par les guerriers pour leur progrès spirituel. En passant par le Rêve, il est possible de communiquer avec les esprits, de déchiffrer le sens des présages, de guérir les maladies et autres infortunes.
Dans la conception aborigène du monde, chaque événement laisse une trace sur terre et tout dans la nature découle des actions d’êtres métaphysiques qui créèrent le monde. La signification des lieux et des formations naturelles est liée à leur origine dans le temps du rêve. Certains endroits ont un pouvoir de rêve qui les rend sacré.Les géobiologues qui étudient les énergies cosmo-telluriques, désigneront ces lieux comme des chakras de la terre. Le plus puissant est dans la cathédrale de Chartres.
Dans ces lieux sacrés, tout naturellement, s'ouvrent les portes de la perception. Et le sujet voit l'invisible. Il entre dans l'autre monde, à ne pas confondre avec le paradis. Le monde du Rêve a ses pièges, aussi. Dans le Nagualisme, les guerriers parlent de lieux de pouvoirs. Toutes ces expressions désignent une même réalité. Ce sont des portes. La nature est emplie de portes où le guerrier se téléporte sur l'autre versant de sa réalité. Devant ses pas s'ouvrent ça et là des brèches par lesquelles il rejoint le Rêve.
C'est aussi simple que ça. Des années sont nécessaires pour nettoyer les portes de la perception. Un beau jour, elles s'ouvriront devant le guerrier impeccable. Ça s'appelle Voir. Les Aborigènes s'en servent tout le temps, ce qui les rend difficiles à comprendre pour des cérébraux rigides. Et pourtant, quelle vista ! "Ainsi, les Noongar de la région de Perth croient que l’escarpement rocheux "Darling Scarp" est le corps d’un Wagyl, un être ophidien gigantesque du temps du Rêve, qui en serpentant dans le paysage a créé lacs et rivières."
"La plupart des tribus aborigènes croient que toutes les formes de vies, plantes, animaux et humains, font partie d'un vaste et complexe ensemble d’interactions. Son origine remonte aux grands esprits des ancêtres de l’époque du Rêve." (source) Mais pas seulement. Le temps du Rêve, pour l'aborigène, n'est pas un monde clos et achevé. Il est en train de se faire, ici et maintenant. Mais les grandes lignes en sont tracées depuis l'origine. Le temps du Rêve est une autre façon d'être au monde. Dans cet autre monde qui est partout.
Cet autre monde où nous autres, les mutants, n'allons plus guère, sauf un soir de cuite et par la mauvaise porte. Selon certaines versions, les esprits des ancêtres qui créèrent la Terre se retirèrent à mesure que le Rêve s’évanouissait, laissant la place aux hommes. On notera que cette culture, la plus sensée de toutes, sait que ce sont nos ancêtres, et non des dieux, qui nous ont créés. Nos ancêtres étaient faits de pure lumière. Ils se sont effacés dès que nous nous sommes complètement matérialisés.
Le temps du Rêve, c'est le temps où les êtres de lumière vivaient parmi les hommes. Les épisodes du Rêve ont été transmis par la tradition orale et par des peintures rupestres. Aujourd'hui encore, en suivant des yeux les peintures rupestres, et en se guidant du souvenir de ses chants rituels, un chamane aborigène peut "lire" la tradition plurimillénaire du temps du Rêve. Puis il peut dérouler, au fil de la transe sacrée, les épisodes inédits qui sont la suite du Rêve éternel.
D'abord, le Rêve a créé les Hommes Eclairs ou Frères de la Foudre, qui sont représentés avec des éclairs au bout des doigts. Issus comme la foudre du titanesque "serpent arc-en-ciel", ils sont descendus pour ensemencer la terre en y créant les plantes et les animaux. Ce serpent rappelle assez la queue de la comète, qui apparaissaient aux hommes comme un serpent de feu. L'arc-en-ciel se trouve associé à de nombreuses traditions sur le déluge : sans doute est-il apparu quandl'axe de la terre s'est incliné sur le plan écliptique.
Ces hommes-éclairs sont un souvenir des dieux d'avant, les maîtres de la foudre. Ils sont descendus sur terre, comme les Elohim, dont le nom signifie "ceux/celles qui sont venus du ciel". Quant au gigantesque "serpent arc-en-ciel", on peut y voir la mémoire de la comète, dont la queue ondulante partageait le ciel en deux tandis qu'elle frôlait la terre. (source) Les Quetzalcoatl, équivalent aztèque des Frères de la Foudre, sont arrivés eux aussi après le Grand Déluge, quand la comète faillit percuter la terre.
La tradition aborigène prétend que ces Hommes Eclairs ou Frères de la Foudre sont en sommeil dans les profondeurs de la terre, sous les blocs de grès des sites sacrés, tel celui d’Uluru au centre du continent australien. Ils dormiront jusqu'à ce que le monde de la surface soit de nouveau propice à leur règne, et d'ici là, ils se servent de la télépathie pour diriger les pensées et les actes de leurs créatures. (source) Des géants, frères de la foudre, anciens maîtres du monde et qui dorment sous terre, c'est mot pour mot le mythe grec des cyclopes !
Le plus important réside dans la nature particulière du Rêve, décrit comme un temps et comme un lieu, puisque les aborigènes ont le loisir d'y aller pour leur accomplissement intérieur. Voilà une belle description du "côté gauche" ou nagual dont parle Castaneda. Dans le nagual, il y a cette façon de rêver, c'est à dire d'exercer le contrôle de ses rêves par la conscience éveillée. Le guerrier doit apprendre à se réveiller dans son rêve. Stopper de monde, c'est permettre au Rêve d'assembler un autre monde, qui devient aussi réel que le premier.
Avec la traque de soi-même, le rêve contrôlé est le principal outil du guerrier, selon Castaneda. Cette similitude de traditions entre des pays aussi éloignés ne peut s'expliquer par le hasard qui, comme chacun sait, n'existe pas. Il faut y voir une source commune. Une source bien antérieure, celle d'une civilisation développée, raffinée, qui aurait étendu ses ramifications sur toute la planète. La civilisation des dieux d'avant, la civilisation des Pyramides, quand les hommes étaient au service de surhommes ingénieux et puissants qu'ils adoraient comme des dieux.
Ce n'était pas le paradis pour tout le monde, mais c'était quand même le bon temps. Le temps du Rêve, ou le temps des anciens voyants, des dieux d'avant, c'est l'Eden, le paradis terrestre, ou bien le Neverland de Peter Pan, truffé de princesses indiennes, de garçons perdus et de pirates crétins. Mauvaise nouvelle : les adultes ont perdu la clé. Bonne nouvelle : pas besoin de clé, c'est toujours ouvert. Et si d'aventure vous avez oublié le chemin, demandez donc à Alice. Ou à défaut, demandez aux enfants qui le connaissent bien, cet autre monde. Ils y passent leur vie.
Le temps du Rêve, l'eden, le paradis terrestre ont existé. Ils existent encore, disent les peuples magiques. Ils ont toujours existé, ils existeront toujours, indemnes en cas de catastrophes sur ce plan de réalité, puisque ce sont des lieux de conscience. Libre à chacun de s'y rendre pour s'en assurer.
Nous sommes faits
de la même matière
que les rêves.
William Shakespeare