Les postures que nous adoptons en tant qu'accompagnants, dépendent bien évidemment de différents facteurs :
des personnes accompagnées, individuellement ou en groupe, de l'alchimie relationnelle des deux partenaires, du champ dans lequel s'exerce l'activité, des objectifs fixés, et du style personnel des accompagnants qui renvoie à leur structure profonde. Sans oublier à l'horizon, les visées, puisque ce terme hyper-modernisé a remplacé les buts, les visions, les fins et qui chez Jacques Derrida deviennent même des visées de sens.
Le croisement de ces différentes typologies déboucherait sur une infinité de combinaisons peu exploitables dans ce cadre. Ce qui apparaît, c'est que l'accompagnement renvoie dans la pratique à une palette de rôles évoluant sur des structures communes, quelles que soient les typologies des accompagnants, des accompagnés et des situations. Je propose plutôt que de tenter une exploration qui ne pourrait être exhaustive, d'évoquer deux formes d'accompagnement, issues de ma pratique et de voir à travers elles des constantes et des différenciations. Dans l'aller-retour entre ma pratique et ses repères théoriques, quelques figures émergentes permettent de baliser la réflexion.
Une communauté de sens
La souffrance est un problème d'existence qui se traite par l'existence. Traverser les difficultés de vivre dans la vie professionnelle ou personnelle amène à puiser en soi pour trouver résistance, mouvement et ressources afin d'affronter les difficultés. L'accompagnement est alors une forme d'aide à la personne que ce soit dans le champ social, l'école, l'entreprise ou la vie personnelle qui permet à l'individu de devenir acteur et auteur de sa vie au-delà des obstacles qu'il doit surmonter ou tout au moins traverser.
Cette conception de l'accompagnement débouche sur :
Une posture éthique
Une conception de la relation
Une constante d'attitude intérieure personnelle
Un accueil global de la personne
Une manière d'être qui favorise la créativité de chacun et participe avec lui au dévoilement du sens de ce qu'il vit et de ce qu'il recherche en lui permettant de remanier ou d'enrichir son système de valeurs. Et dans une perspective très gestaltiste, cheminer à côté en étant disponible pour ce qui peut surgir à l'insu des partenaires.
Une attention à la distance :
S'appuyant sur les figures anthropologiques formulées par Christine Josso, professeur de Sciences de l'Education, susceptibles d'inspirer la démarche d'accompagnement, Christine Roberge, sa collègue, en souligne trois.
" La première fait référence à l'Amateur. La personne qui accompagne doit aimer ce qu'elle fait, mais surtout les gens auprès et avec qui elle le fait. " L'amateur est animé d'une inépuisable ouverture à l'unique, à la singularité, en quête de cet unique et de cette singularité. " (Josso, 1998).
La deuxième figure est l'Ancien. L'accompagnateur, à titre d'ancien, ou de personne ressource, connaît les étapes du processus, les questionnements, les dangers…il peut les partager, non pour dicter le chemin, mais pour l'éclairer, en respectant avec vigilance le rythme unique de la personne accompagnée. …
Le Passeur…, qui sachant très bien que nul ne peut faire la traversée à la place de l'autre, se mettra au service de cette traversée. " Bien que le Passeur connaisse de nombreuses voies de passages possibles, il ne peut cependant que les signaler car il n'est détenteur d'aucune expertise sur le devenir existentiel qui l'autoriserait à indiquer la suite du chemin que chacun choisira d'emprunter. "